Les 7 péchés capitaux de l’entrepreneur.e

Par Franck GIL – 08/06/2019

Imaginons que vous êtes confortablement installé avec un bol de pop-corn entre les mains. Les lumières s’éteignent et le film démarre. Nous sommes en 1996 et le générique de Seven apparaît. Pour ceux qui l’auraient oublié ou ne l’auraient pas vu, Seven, c’est ce film policier un peu noir qui raconte l’histoire d’un tueur en série. Le criminel punit ses victimes parce qu’elles ont commis, selon lui, un des 7 péchés capitaux. Il y a la gourmandise, l’avarice, la paresse, la luxure, l’orgueil, l’envie et la colère. Pendant 7 jours, l’inspecteur Mills et son collègue vont tout tenter pour l’arrêter.

Imaginons à présent que le scénario du film soit différent. Et que notre inspecteur Mills n’enquête pas sur des crimes mais sur des défaillances d’entreprise et de leurs dirigeants. Imaginons que nous fassions un parallèle entre ces défaillances et les 7 péchés capitaux. Comment la gourmandise, l’orgueil ou l’envie pourraient nuire à ces dirigeants ? A défaut de mourir, quelles seraient ces 7 façons de faillir ?

Lundi : la gourmandise ou l’incapacité à dire « non

La gourmandise, c’est le péché de Nicolas le développeur web freelance. Nicolas ne sait pas dire « non ». Ni aux clients, ni à leurs demandes. Il accepte tout : projets, missions, contraintes, partenariat. Comme une boulimie entrepreneuriale.

Toute nouveauté est euphorisante. D’abord, parce qu’à ses yeux d’entrepreneur, c’est une façon d’exprimer son potentiel et ses compétences. Ou peut-être sa légitimité ? Ensuite, à cause de la peur de manquer. Le client à qui Nicolas dit non aujourd’hui reviendra-t-il demain ?

Mais en acceptant tout, Nicolas s’expose à plusieurs dangers : 

  •  Y a t’il cohérence avec son offre actuelle, ses compétences, son expertise ?
  • Quelle image renvoie-t-il à ses interlocuteurs ?
  • Il pense renforcer sa crédibilité, mais est-ce vraiment le cas ?
  • Et puis comment va-t-il gérer son temps, ses priorités ?

Il y a beaucoup de questions qui se cachent derrière cette incapacité à savoir dire non. Pour ne pas tomber dans le péché de gourmandise, Nicolas doit :

  •  D’abord accepter ses propres limites. Ne pas confondre désirs et priorités. Chaque mission doit être acceptée non pas parce qu’elle lui plait, mais parce qu’elle sert sa stratégie commerciale.
  • Ensuite comprendre qu’il doit choisir, car décider, c’est la première mission d’un entrepreneur. A ceux qui me disent que choisir c’est renoncer, je réponds que choisir c’est avancer. Et tout absence de décision, c’est déjà une décision.
  • Enfin, assumer un « non » pour renforcer son « oui », car c’est en refusant parfois une mission en dehors de son domaine de compétences qu’il prouvera réellement sa crédibilité.

Mardi : l’avarice ou la confusion entre fin et moyens

L’avarice, c’est le péché de Christophe, conseiller financier et patrimonial. Avarice, c’est un peu fort, mais ça donne une idée du truc. Son sport favori, c’est rechercher les bons plans, les ristournes, les remises, les logiciels libres, l’open source, le gratuit. C’est louable. Mais pas une fin en soi.

Souvent, Christophe rechigne à payer, mais dans le même temps, il critique les mauvais payeurs. D’ailleurs, gratuit n’est pas toujours synonyme de qualité. Et Christophe est aussi le premier à râler après l’absence de résultat. A tous les Christophe qui disent qu’un professionnel coûte cher, je leur pose toujours la même question : combien coûte un incompétent ? En temps, en argent ?

Face à ce besoin de ne rien dépenser, Christophe pourrait se poser plusieurs questions :

  • Quel rapport entretient-il avec l’argent ?
  • D’ailleurs, que dit-il : je dépense ou j’investis ? Les mots ne sont jamais anodins.
  • Sa perception de l’avenir conditionne-t-elle les achats qu’il reporte ?
  • Mais en les reportant, n’est-il pas en train d’obscurcir lui-même cet avenir ?

L’argent, c’est le moteur et la récompense des entreprises. Moteur car il fait tourner la machine. Récompense car il indique le succès des solutions proposées. Ce n’est jamais simple. C’est une histoire d’équilibre et d’arbitrage.

Mais surtout encore d’objectifs. Combien de Christophe oublient de se fixer des objectifs clairs et précis ? Définir des objectifs, c’est le meilleur moyen de ne pas tomber dans le péché d’avarice qui place l’argent comme une fin alors que c’est un moyen.

Mercredi : la paresse ou la perfection plus forte que l’action

La paresse, c’est le péché de Patricia la consultante RH. Elle passe son temps à imaginer un monde merveilleux : de nouveaux sujets de formation, des ateliers formidables, des clients qui changent leurs pratiques. Le rêve quoi.

Mais dans son bureau, elle ne rencontre personne, elle ne démarre aucune action et ne fait que rêver justement. Et il est toujours plus exaltant d’imaginer ce monde merveilleux plutôt que de se confronter à la réalité. Alors, on reporte, on procrastine, on idéalise. De toute évidence, Patricia une entrepreneuse de profil expert.

Et très souvent, la paresse est la conséquence de peurs :

  • Peur de se tromper et de causer du tort, à soi-même ou à autrui.
  • Peur de l’échec et de tout ce qui en découle.
  • Peur du regard des autres.
  • Peur de ne plus avoir confiance en soi.

Alors finalement la paresse ne signifie pas manque d’action, mais incapacité d’agir. Patricia réfléchit beaucoup et n’a pas le sentiment d’être paresseuse. Elle souhaite juste que tout soit impeccable, que tout soit parfait. Les actions devront être comme son esprit les a rêvés.

Pour contrer ce péché, Patricia doit comprendre que ce qui compte, c’est le premier pas. Ce pas qui la fait avancer et lui ouvre un nouveau chemin, de nouvelles rencontres, de nouvelles perspectives. Disney disait : la différence entre un rêve et un projet, c’est une date.

Et je rajouterai : à force de vouloir parfaire, on finit par oublier de faire, tout simplement. Finalement, la solution tient peut-être en 3 mots et c’est Éric Ries qui nous la donne : tester, mesurer, apprendre.

Jeudi : la luxure ou l’amour de ce que l’on vend

C’est l’histoire d’Alexis, l’artisan créateur. Il vit son activité par passion. C’est un entrepreneur militant, qui met ses valeurs, ses croyances, son énergie et son temps dans chaque objet qu’il créé. Parce qu’il aime profondément chacune de ses créations, il ne compte pas. Comme dans ce film avec ce milliardaire et son parc de dinosaures. L’homme répète sans arrêt « C’était mon rêve, j’ai dépensé sans compter ». Et le rêve vire au cauchemar.

Ce sont les belles idées qui naissent devant un ordinateur ou sur un cahier, au petit matin d’une folle nuit de créativité. Et qui généralement finissent sur une étagère la semaine suivante. A vouloir faire du Bill Gates, on fait souvent du Gill Bates, c’est presque pareil, mais pas trop quand même.

La luxure, c’est le péché d’Alexis :

  • Parce qu’il tombe amoureux de son produit. Il l’aime au point de tout lui sacrifier.
  • Parce qu’il oublie de se demander si cet amour est partagé par des clients, par un marché.
  • Parce qu’il n’admet pas la critique. Ce serait rejeter ses valeurs, ses croyances, ce qu’il est.

Les étagères des entreprises sont remplies de super produits parfaits qui n’ont jamais rencontré un seul client. Je le répète souvent : les clients se moquent de votre produit, ils veulent surtout une solution à leurs problèmes. Pour éviter le péché de luxure, il faut se recentrer sur le pourquoi de cette création d’entreprise. Et surtout le pour qui ?

Qui est ce client pour qui vous créez ? Quels besoins ? Quelles frustrations ?

Vendredi : l’orgueil ou les limites de la confiance en soi

C’est le péché d’Olivier, formateur en webmarketing. Il a lâché son job pour lancer son activité. Il lui a donc fallu du courage et de la confiance pour oser franchir le cap. Et sa vie a été transformé.

Ce chemin, il l’a parcouru en étant seul. Sa compagne l’a soutenu bien sûr, mais beaucoup de choses ont été vécues dans un coin de sa tête. Quelle décision prendre, quel choix faire. Ce n’est pas facile et il faut s’armer. Croire en soi et à ce que l’on peut faire. Mais parfois, la machine s’emballe. Olivier sait, et les autres non. Parce qu’ils ne sont pas à sa place, tout simplement.

Et la persévérance devient de l’obstination. La confiance en soi devient de l’orgueil. Sûr de lui, Olivier n’écoute plus les avis, les conseils, les critiques. Tout juste un « oui » poli. Mais tout est balayé et oublié une fois la conversation terminée. Parfois, Olivier pense même que son expertise suffit à faire de lui un bon entrepreneur. Et qu’il n’a besoin de rien d’autre.

L’orgueil est le pire des péchés car il vient lentement, sans crier gare. Au départ, il était même nécessaire à Olivier pour maintenir son démarrage d’activité. Car, il a rencontré de nombreuses personnes qui lui disaient qu’il faisait une erreur de se lancer. Que ce n’était pas le bon moment. Qu’il n’était pas prêt. Qu’il devait penser à sa famille et retourner dans le salariat.

Puis, petit à petit, l’orgueil a pris le contrôle. Aujourd’hui, il emprisonne et déforme sa perception du monde.

Pour s’en libérer, Olivier doit cultiver le doute. Par hygiène intellectuelle d’abord. Pour être sûr qu’il n’existe pas d’autres solutions plus intéressantes. Mais aussi pour savoir remettre en question ses pratiques et ses idées.

En cultivant sa capacité à désapprendre, Olivier améliore ses compétences. En nourrissant ses idées d’avis contraires, il s’enrichit. Même si finalement, c’est toujours lui qui décide.

Samedi : l’envie ou le syndrome de l’imposteur

L’envie, c’est le péché de Caroline, restauratrice. Un nouveau concurrent est venu s’installer près de son affaire et bien sûr elle voit ça d’un mauvais œil. D’autant qu’il semble mieux réussir qu’elle. Alors elle lui en veut. Il lui vole son succès. Elle se cherche de fausses excuses, de fausses raisons. Elle rejette la faute sur lui. Lui qui « flingue » le marché, décrédibilise la profession. Elle lui nie même les qualités qu’il a peut-être.

Mais en fait, elle envie cette réussite qui est forcément non justifiée :

  • Pourquoi lui et pas moi ?
  • Qu’a-t-il de plus ? Ou qu’ai-je de moins ?
  • C’est du « déjà vu », du « déjà fait »
  • Les gens sont vraiment naïfs, ils ne comprennent rien, ils croient n’importe qui !

C’est un problème de positionnement d’entrepreneur. Légitimité, crédibilité, expertise, mais aussi visibilité, notoriété, affirmation de soi. Nous avons besoin d’autrui pour nous évaluer, mais le revers de la médaille peut être encore plus malicieux.

On retrouve particulièrement cette problématique chez les autodidactes. Ceux qui ont appris par eux-mêmes. On lui a même donné un nom : le syndrome de l’imposteur. Ce sentiment que l’on n’est pas légitime dans son métier ou son activité.

L’envie peut être un puissant levier de dépassement. Mais à condition qu’elle soit saine, centrée sur soi-même, ses besoins, ses aspirations. Et pas le reflet d’une mauvaise image de soi. Car on trouvera toujours quelqu’un qui a plus ou mieux que nous. D’autant que l’envie, lorsqu’elle est négative, est un puits sans fond.

Il faut donc se recentrer sur soi-même, ses réalisations et ce que l’on fait de bien aux autres. Là encore, avoir des objectifs est important. Parce qu’ils motivent positivement l’envie. Car envie et envier ne sont pas la même chose.

Dimanche : la colère ou la malédiction de Sun Tzu

La colère, c’est le péché de Stéphane qui dirige une équipe de commerciaux. Au second trimestre, les résultats ne sont pas bons. Stéphane ne peut encaisser cet échec seul, alors les vases communicants vous jouer.

Il s’emporte face à son équipe. Les mots fusent, avec des réponses au tac-o-tac. Des jugements, des préjugés, des à priori. Ce n’est plus le cerveau qui contrôle l’échange, mais les émotions. Stéphane ne pense pas réellement ce qu’il dit, mais il le dit quand même. Il ressent comme une satisfaction, ou plutôt un soulagement à le dire. Peut-être un classeur et un stylo vont même voler…

Très souvent, l’entrepreneuriat est vécu comme un combat. Et les adversaires ne manquent pas : les concurrents, les normes, les uber, les clients mécontents, la jungle administrative. Parfois, nous sommes mêmes le pire de nos adversaires.

D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que Sun Tzu et son « art de la guerre » sont encore cités et enseignés dans les « business school » comme principes de base à toute stratégie commerciale. Il n’y a donc rien d’étonnant à retrouver de l’agressivité chez Stéphane. S’il veut conquérir, il doit être sans pitié. Et parfois, les choses dérapent…

Malheureusement, je ne crois pas que l’on puisse éviter la colère. D’abord, parce qu’elle fait partie des 4 émotions de base avec la joie, la tristesse et la peur. Et ensuite, parce qu’elle a souvent des causes plus personnelles et plus profondes. Cependant, on peut diminuer son emprise, grâce à l’humour (voire l’autodérision) et la prise de distance (dans l’espace ou dans le temps).

Conclusion : et vous dans tout ça ?

Les lumières se rallument car le film est terminé. Finalement, je ne sais pas si l’inspecteur Mills aura réussi à stopper ces « business killer ». Mais il y a une chose que je sais : les 7 péchés capitaux des entrepreneurs existent, cachés dans l’ombre, prêts à vous jouer des tours. Ils essaieront de tromper votre vigilance. Ils sont peut-être déjà là.

Dans un monde en perpétuel changement où tout va trop vite, nous pouvons tous devenir gourmands, orgueilleux, envieux ou colériques. Personne n’est parfait. Mais je sais aussi qu’avoir conscience de ces péchés, c’est déjà un premier pas vers une meilleure posture d’entrepreneur. Et qu’en cas de besoin, des solutions existent notamment grâce à la formation ou au mentorat.

Alors, il reste peut-être encore une dernière question à se poser : si vous étiez à la place de ce policier, si vous étiez l’inspecteur Mills, sauriez-vous traquer vos propres péchés capitaux d’entrepreneur ?

 

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